Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 19:30

Je vais donc parler du cas d'un jeune homme et pas d'une jeune femme car je pense que l'on peut prévoir que ces cas seront de plus en plus fréquents comme ça l'est aujourd'hui pour les femmes.
Il s'agit d'un jeune homme de 23 ans qui m'a appelé pour une anorexie. La première rencontre a été un peu particulière, elle nous indique déjà un certain rapport à la parole elle-même. Il me rappelle, juste avant l'heure du rendez-vous et me demande s'il peut venir avant, sinon il viendra à l'heure prévue, cela ne faisait pas beaucoup de différence. À l'heure initialement prévue du rendez-vous, il me rappelle et me demande mon adresse, car il est dans la salle d'attente de Paule Cacciali. Au téléphone portable il me demande mon adresse tranquillement devant les gens. Et puis il arrive et me demande d'emblée comment je vais. Tout cela en parlant facilement, sans gêne ou regret particulier de s'être trompé d'adresse. Il me dira qu'il est plutôt extraverti et n'a pas d'ailleurs de problèmes avec les autres ni avec sa famille. Nous pourrions dire qu'il n'a pas de problèmes de communication.
Il est très maigre et se plaint de crises de boulimie avec vomissements.
Dans l'enfance, il était plutôt gros, ce qui était source de moqueries et d'insultes et n'avait pas de copines. À l'adolescence, il se trouvait trop gros et a voulu maigrir, il a donc procédé par choix d'aliments à exclure, ce que nous retrouvons très classiquement chez la jeune fille. Les crises de boulimie ont commencé au cours de vacances familiales, les buffets copieux et illimités l'ont poussé à beaucoup manger. Il voulait en même temps avoir le ventre plat (pas musclé, mais plat) et a commencé donc à provoquer des vomissements. Deux choses les déclenchent, quand il mange ce qu'il considère comme interdit et qu'il appelle tabou (donc l'interdit est dans le champ de l'oralité), et la deuxième chose c'est quand la limite est dépassée. Mais cette limite est réelle. Ce qui lui permet de se rendre compte que la limite est dépassée c'est quand il a, dit-il, le ventre tendu et qu'il ne peut plus se tenir en arrière et qu'il doit se pencher pour soulager la tension. Donc, tout ceci est envisagé de façon très pragmatique, à la limite il n'y a pas de dimension symbolique.
D'emblée, il évoque un souvenir d'enfance. Ses parents sont libanais, sa mère qui est chrétienne athée, lui amenait tous les jours un petit croissant aux amandes à la sortie de l'école ou quand il devait aller chez l'orthoptiste ou chez le dentiste. Quand je lui ai demandé ce qu'il pensait de sa mère chrétienne athée et de l'incorporation du croissant, il répond simplement : le réconfort après une journée de travail, donc réconfort oral. On peut dire que là aussi, la parole est simplement un moyen de communication, il n'y a pas de reprise de la question du croissant et de la chrétienté.
Le père est chiite, athée également, alors je lui ai demandé : "et lui?" Il ne sait pas. Il n'a donc pas de problème avec ses parents, ni avec sa sœur. Mais, s'il y a un problème avec eux, qu'il ne connaît pas et qu'il faut partir de chez lui, comme sa sœur qui est plus jeune l'a déjà fait, lui le fera également. Il a fait de bonnes études et cherche du travail. Les résolutions pour ce début d'année sont: trouver un travail et la guérison.
En ce qui concerne les crises, il parle de robotisation de l'homme, il est comme télécommandé. Les crises sont planifiées, c'est un besoin : il pense au lendemain et le système se met en marche automatiquement. Il pense acheter telles choses à tel endroit pour en fait produire une crise. Il y a, dit-il, un plaisir de la crise. Il dit lui-même qu'il ne dit pas jouissance mais que c'est quand même comme avec les lois, par exemple l'interdiction du cannabis qui donne envie d'aller y voir. Et puis après les crises, il y a les vomissements. À propos de tout cela, il dit qu'il y a une force inconsciente qui le pousse, mais il parle aussi d'habitude. Il sait qu'il ne faut pas mais il y a en un qui veut. Il y a les deux côtés du cerveau, comme pour le bien et le mal, il y a l'inconscient mais ce n'est pas le sujet divisé, il y en a deux, il y a deux Uns.
On peut dire qu'il y a une force inconsciente qui le pousse, mais en fait il est très cognitiviste, elle est de la même nature que pour le bien et le mal où il y a deux côtés du cerveau. Il dit également qu'il n'est pas l'homme du juste milieu, il lui manque la ligne médiane. Il fait tout à fond jusqu'au bout mais il peut tout aussi bien ne rien faire du tout. Cela est un trait clinique très important, on retrouve souvent ce penchant pour les extrêmes où il n' y a pas de juste milieu. Cette automaticité, l'anorexique y fait également souvent référence, sous la forme d'un système, système de chiffres où tout est compté, les calories, les excrétions, mais aussi l'ensemble de la vie quotidienne, le travail, le sport...tout peut être prévu, tout peut être calculé.

J.L. Cacciali

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Par Cléo - Publié dans : Témoignages - Communauté : Médecine
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